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 Le métier du doublage (grandeurs et servitudes)

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AuteurMessage
claude
Calife à la place du calife


Nombre de messages : 2376
Date d'inscription : 31/08/2004

MessageSujet: Le métier du doublage (grandeurs et servitudes)   Mar 19 Juil - 11:50

Exemple de l'Italie

Citation :
Itinéraire insolite dans le cinéma italien




Correspondance particulière.

LE doublage fut imposé dans les années trente comme mesure protectionniste interdisant la projection des films en version originale. A la Libération, les distributeurs peaufinèrent cette nouvelle invention en améliorant les différentes techniques. Aujourd’hui, les coopératives de « doubleurs » poussent comme des champignons au pays de feu le doublage. Et comme, en Italie, l’extrémisme est parfois de rigueur, rares sont les petits cinémas qui osent projeter des films en VO. Résultat : des chefs-d’oeuvre comme « Histoire du grand guerrier Kagemusha » d’Akira Kurosawa ne sont projetés qu’en italien ! Autre problème : la qualité qui se perd pour des raisons économiques comme le souligne « Peppino » Rinaldi l’un des grands doubleurs italiens.

« Un jour, l’un de mes amis qui travaillaient dans le cinéma
il donnait le « clap » - m’a proposé de venir sur le plateau de tournage d’un film. J’étais plutôt beau gosse et on m’a pris pour un figurant. J’ai été présenté au directeur de production qui m’a dit qu’il m’aurait contacté. A l’époque, j’étais étudiant en économie, et j’ai tout de suite tout laissé tomber. Car je pouvais gagner de l’argent en m’amusant. »



Vous avez été doublé car vous ne saviez pas réciter...

Les gens rigolaient en m’écoutant parce que j’étais incapable de réciter. J’étais doublé par des acteurs de théâtre qui, à l’époque, doublaient la plupart des acteurs et des figurants. Quelque temps après, je me suis lancé dans le théâtre et c’est ainsi que j’ai appris à réciter. La récitation, c’est un peu comme une chanson. Un jour, j’ai rencontré Eduardo De Filippo, le grand metteur en scène napolitain qui m’a dit : « Peppi, tu me plais parce que tu parles. Rappelle-toi d’une chose, réciter c’est facile, parler c’est une autre paire de manches. » Ce qui a totalement modifié ma propre vision de la récitation.



Vous avez rapidement laissé tomber le métier d’acteur pour vous lancer dans le doublage...

J’ai dû doubler un figurant. Quelques mots du style : « Au revoir et bon voyage ». J’ai commencé à étudier en prenant des cours de diction ; auparavant, je disais « automobile » avec deux « b » au lieu d’un seul et ainsi de suite. Mon expérience théâtrale m’a beaucoup aidé. C’est ainsi que j’ai commencé à doubler les plus grands acteurs comme Louis Jourdan, Richard Widmark, Jack Lemon, Robert Mitchum, Richard Burton, Peter O’Toole pour n’en citer que quelques-uns.



Vous avez commencé vers 1945 alors qu’en Italie on doublait systématiquement tous les films...

J’ai tout fait, j’ai chanté dans « Mary Poppins » en doublant le protagoniste Dick Van Dike, j’ai eu recours au fameux dialecte sicilien avec une voix cassée pour le personnage de Marlon Brando dans « le Parrain ». Le doublage, c’est l’art de savoir utiliser les cordes vocales en jouant sur la gamme des tons. Pour Peter Sellers, et la série de la « Panthère rose », je devais avoir une voix haut perchée, un peu pointue, avec un accent vaguement français. On peut utiliser une seule corde vocale en passant d’une voix à l’autre, d’un ton à l’autre. Une voix caverneuse qui sort du fond de la cage thoracique ou une voix calfeutrée. Il faut savoir adapter un certain type de voix en fonction de l’acteur et du personnage qu’il interprète.



Voyez-vous le film en version originale pour avoir une idée de la voix de l’acteur que vous allez doubler ?

Non. Auparavant, le directeur du doublage nous réunissait dans une salle de projection. Il aidait ceux qui ne comprenaient pas l’anglais par exemple, en leur traduisant simultanément les dialogues avant de leur donner le scénario définitif. Tout était passé au crible, les mouvements de labiales, les intonations et ainsi de suite. De nos jours, on se contente de nous dire quel est le personnage que l’on doit interpréter en nous racontant vaguement la trame. Il n’y a plus de professionnalisme, pour économiser de l’argent.



L’Italie est un peu considérée comme la mère patrie du doublage...

Dans les années trente, les films qui arrivaient sur le marché italien auraient dû être systématiquement sous-titrés avant d’arriver dans les salles, ce qui était impensable. C’est ainsi que quelques personnes ont eu l’idée d’inventer le doublage utilisé par la suite pour éviter la prise de son directe. Une technique a été mise au point pour synchroniser le mouvement des labiales avec la « deuxième voix ».



Pour vous, l’art du doublage est passé au deuxième plan...

On a tendance à économiser. La faute en est à l’argent, qui mine l’industrie du cinéma, c’est le triomphe de la médiocrité. Les distributeurs se fichent éperdument de la qualité, ce qui est important c’est que le film soit rentable et on part du principe que le spectateur ne se rendra pas compte de la différence entre un film bien doublé d’un point de vue technique et un film passable ou carrément nul.



Les premiers « doubleurs » étaient en général des acteurs de théâtre...

C’est vrai, les « grands » du théâtre italien comme Elsa Menilli, Luigi Almirante s’étaient spécialisés dans le doublage. Le ton était bien évidemment théâtral, rien à voir avec ce qui se passait à l’écran. Au fil du temps, on a essayé d’améliorer les techniques et c’est ainsi que sont nés les véritables « doubleurs », les spécialistes.



L’un de vos plus beaux souvenirs ?

J’en ai tellement ! Un jour, j’ai rencontré Jack Lemmon et sa femme à Naples. A un moment, la femme de Jack l’a appelé en lui disant ; « Hey, Jaaack, on passe un de tes films à la télé. Ecoute la voix de Mister Rinaldi. Il récite mieux que toi ! »





Le cinéma en un mot...

La comédie, l’irréel, le rêve en un mot. Un bon « doubleur » ou acteur doit être en mesure de se « couler » dans la peau d’un personnage irréel. C’est cela la magie du cinéma, réussir à faire croire à des milliers de gens que les personnages sont une partie d’eux-mêmes.



ARIEL F. DUMONT



Propos recueillis par




Article paru dans l'édition du 28 mars 1996.
http://www.humanite.fr/journal/1996-03-28/1996-03-28-748557
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